Présidentielle 2027 : la saison des cartons est ouverte
À chaque présidentielle, la France rejoue le même feuilleton fiscal. À quelques mois du scrutin de 2027, la saison est ouverte, et d’autres pays n’attendent pas la fin du débat pour faire leur prospection.

Les programmes rivalisent de nouvelles taxes sur les grandes fortunes, les plateaux télé s’enflamment, et les déménageurs se frottent les mains. Rien de neuf sous le soleil, sinon le calendrier : avec la présidentielle en ligne de mire, les premières promesses fusent déjà.
Pendant qu’on débat à Paris, d’autres capitales font de la prospection active. Trois approches se dessinent, et elles ne se ressemblent pas.
La Suisse : être imposé sur son train de vie
Depuis des décennies, la Suisse propose l’imposition d’après la dépense, plus connue sous le nom de forfait fiscal. L’impôt n’est pas calculé sur vos revenus réels, mais sur vos dépenses annuelles, estimées notamment à partir de votre loyer ou de la valeur locative de votre résidence. Élégant, discret, très suisse.
Le dispositif a toutefois ses conditions. Il est réservé aux étrangers qui s’installent en Suisse sans y exercer d’activité lucrative, et la base imposable fédérale ne peut descendre sous un plancher de plus de 400 000 francs.
Surtout, il n’existe plus partout : Zurich, Bâle-Ville, Bâle-Campagne, Schaffhouse et Appenzell Rhodes-Extérieures l’ont supprimé. Le forfait est devenu un produit de canton plus qu’un produit national.
L’Italie : l’inflation du ticket d’entrée
L’Italie a flairé le filon en 2017 avec son régime des nouveaux résidents : un impôt forfaitaire annuel sur l’ensemble des revenus de source étrangère, quel qu’en soit le montant, pour une durée pouvant aller jusqu’à quinze ans. Prix d’entrée : 100 000 euros.
Puis le tarif a suivi une trajectoire que n’importe quel actionnaire envierait : 200 000 euros pour les arrivées à partir d’août 2024, 300 000 euros depuis le 1er janvier 2026. Le ticket a triplé en moins de dix ans, et curieusement, Milan ne s’est pas vidée.
La leçon est ailleurs. Un régime qui change à chaque loi de finances ressemble moins à un régime qu’à une promotion. Ceux qui sont entrés à 100 000 euros conservent en principe leurs conditions ; ceux qui hésitent encore savent désormais que la règle du jeu peut bouger d’une année sur l’autre.
Le Luxembourg : ni forfait ni tapis rouge
Le Grand-Duché ne propose aucun régime d’attraction spécifique pour les grandes fortunes. Pas de forfait, pas de ticket d’entrée, pas de promotion de lancement. Il se contente de ne pas faire certaines choses, et c’est précisément ce qui le rend attractif.
Pas d’impôt sur la fortune pour les particuliers, supprimé depuis 2006. Pas de droits de succession en ligne directe, dans la limite de la part légale des héritiers. Et une boîte à outils patrimoniale complète : la SOPARFI pour détenir des participations, la SPF pour gérer un patrimoine financier privé, la SCSp pour structurer des investissements avec une grande liberté contractuelle.
Ajoutez une stabilité politique qui ferait pâlir d’envie n’importe quel ministre des Finances, une notation AAA jamais démentie, et une frontière à moins d’une heure de Metz, bouchons de l’A31 non compris. Bref, le Luxembourg ne vous fait pas de cadeau : il vous laisse simplement tranquille.
Le match esthétique : avantage Suisse et Italie, pour l’instant
Je dois bien le concéder : entre les lacs suisses, les collines toscanes et la vallée de l’Alzette, le match est plié d’avance. Côté soleil et dolce vita, le Grand-Duché part avec un léger handicap.
Mais avec le réchauffement climatique, qui sait ? Dans vingt ans, on sirotera peut-être un spritz sur les berges de la Moselle en se moquant des Genevois écrasés de chaleur. Autant prendre de l’avance.
Avant de faire ses cartons : ce que la frontière ne règle pas
Soyons honnêtes : le Luxembourg n’est pas un paradis fiscal, c’est un pays sérieux (peut-être trop). Le barème de l’impôt sur le revenu monte jusqu’à 42 %, soit environ 45,8 % une fois majoré de la contribution au fonds pour l’emploi. Et quitter la France n’est jamais gratuit : trois points méritent d’être anticipés.
L’exit tax. Un contribuable domicilié en France au moins six des dix dernières années est imposé sur ses plus-values latentes si ses participations dépassent 800 000 euros ou représentent au moins 50 % d’une société. Pour un départ vers le Luxembourg, le sursis de paiement est automatique. Il devient toutefois exigible si les titres sont cédés dans les deux ans, ou dans les cinq ans au-delà de 2,57 millions d’euros.
L’IFI. Devenir résident luxembourgeois ne fait pas disparaître l’impôt sur la fortune immobilière. Les biens situés en France restent taxables, y compris lorsqu’ils sont détenus via une société.
La succession. L’absence de droits en ligne directe au Luxembourg ne protège pas des droits français. Si vos héritiers sont domiciliés en France depuis au moins six des dix dernières années, la France taxe ce qu’ils reçoivent, où que se trouvent les biens. Et il n’existe pas de convention franco-luxembourgeoise en matière de succession.
Enfin, la résidence fiscale se prouve : foyer, séjour principal, centre des intérêts économiques. Un bail au Kirchberg et une boîte aux lettres ne suffisent pas.
Fuir ou s’organiser
Entre fuir et s’organiser, il y a une différence : l’anticipation. Un départ préparé en amont n’a rien à voir avec un déménagement décidé au lendemain d’un vote de loi de finances.
La structuration du patrimoine, le calendrier de l’exit tax, le sort des biens immobiliers français et la situation des enfants se règlent avant de franchir la frontière, pas après.
Et ça, c’est notre métier. Considérez que c’est fait.
CREW Luxembourg accompagne les familles et les family offices dans l’organisation de leur patrimoine au Luxembourg : structuration, comptabilité, secrétariat juridique et coordination fiscale transfrontalière.
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